Quand les mains tissent la lumière

19 Mars - 19 Septembre 2020
When hands weave the light

Presentation

Les Douches la Galerie a le plaisir de présenter Quand les mains tissent la lumière, sa deuxième exposition consacrée à l'oeuvre de Ray K. Metzker. À la croisée de plusieurs séries, une cinquantaine de tirages témoignent de son intérêt toujours renouvelé pour l'expérimentation. Virtuose de la lumière et maître absolu de ses tirages, Ray K. Metzker interroge les contraintes formelles du médium photographique et celles de l'espace urbain américain. Prises entre 1957 et 1982, ces photographies offrent une promenade visuelle unique dans les rues de Chicago, Philadelphie, Atlantic City et de quelques villes européennes.

 

Exposition prolongée jusqu'au 19 septembre

Fermture estivale du 1er août au 1er septembre

Dossier de presse

Communiqué de Presse

En vingt-cinq ans, Ray Metzker a produit plus d'une douzaine de séries de photographies, chacune radicalement différente des autres. Il n'a cessé de chercher une vision nouvelle, de se poser la question : « En quoi une vision nouvelle est-elle nécessaire ? En ai-je besoin ? Va-t-elle m'aider à m?impliquer ? Non, mais elle va m'aider à réfléchir. »   Pour Metzker, se battre pour une nouvelle vision, c?'est se battre contre l?inertie et l?immobilisme, pour l?intensité et la connaissance. (...)

Chaque nouvelle série d?images prend sa source dans un changement de regard sur la photographie ou dans un changement de l?objet ? ou du lieu ? photographié. Il s?ouvre à une nouvelle expérience et observe la naissance et le cheminement de ses idées. Il explique : « À cette étape, je scrute, ou je regarde simplement. Lorsque je constate que je réagis à certains stimuli à chaque fois qu?ils entrent dans mon champ de perception, un schéma commence à se dessiner. » Ces nouvelles constantes deviennent ce qu?il appelle ses « conditions générales », à savoir les arrangements contractuels qu?il signe avec lui-même pour une série d?images à venir. Ces « conditions » sont à la fois des points de départ et des règles qu?il fixe pour guider son travail. À la fois contraignantes et libératrices, elles lui donnent la liberté d?explorer leur cadre et d?aller jusqu?au bout de leurs limites. (...)

Metzker a développé cette méthode de travail lors de son premier grand projet, My Camera and I in the Loop (1957-1958), qui fut son travail de fin d?année à l?Institute of Design de Chicago. Pour The Loop, la « condition » initiale était la frontière physique que constituait le train aérien de Chicago, qui contourne le centre-ville. Au fil des prises de vue, Metzker a pris conscience que son projet portait également sur les limites formelles : sa relation avec son appareil, ainsi que sa quête d?une forme pleine de sens, plus importante que les objets dont découlent les formes. Armé d?un Leica (avec des objectifs 35, 50 et 135 mm) et d?un Rolleiflex, il a réalisé des prises de vue qui explorent le mouvement, la profondeur de champ, l?angle de vue, le cadrage, la mise au point et le contre-jour, comme un avant-goût de la recherche approfondie de ses travaux ultérieurs. (...)

Pour commencer The Loop, Metzker s?est mis à chercher dans la rue ce qu?il appelle des « événements ». « Je voyais des liens se tisser et je sentais que quelque chose s?installait, » explique-t-il. « Je n?arrivais pas à quelque chose en me disant, tiens, comme cela tombe bien ! C?était plutôt un sentiment de tension, l?impression que ces choses étaient en mouvement, et qu?elles étaient arrivées à un point où les tensions s?équilibraient et prenaient sens. Au bout d?un moment, cela pouvait être déclenché simplement par la lumière. »

Lors de son voyage en Europe en 1960-1961, maîtrisant la composition des moments forts, Metzker put aiguiser sa sensibilité à la douceur poétique des gestes humains. Pour lui, les Européens sont des gens paisibles : ils discutent, ils touchent, ils semblent faire partie de leur environnement, contrairement aux gens de la série Chicago qui se contentent de le traverser, repliés sur leurs préoccupations. (...)

Lorsque Metzker s?installa à Philadelphie en 1962, le double enchantement de photographier les gens et de composer avec les moments forts se scinda en deux approches distinctes. (...) En outre, à l?instar des images de The Loop, les photographies de Philadelphia ont été prises dans une zone bien délimitée autour de l?appartement de Metzker. (...)
Loin de proposer un portrait de son quartier, il se délectait de ses détails visuels ? les panneaux, les façades en fer forgé, les lampadaires, la signalétique routière. Dans ces images de Philadelphia, largement diffusées, les gens sont absents ou n?apparaissent que sous forme de silhouettes. Ces images frappent par la simplicité de leur composition. Elles atteignent un dénuement et une franchise que Metzker considère comme l?aboutissement de sa recherche d?un minimalisme évocateur. (...)

Dans ses images, l?impermanence et le flux s?expriment également de façon fragmentée : un visage ou un bras désincarné parmi les ombres, des lumières qui s?échappent d?un bâtiment, une silhouette disséquée par des stores vénitiens. Metzker reconnaît que la fragmentation est un moyen de transformer un événement pour créer une synthèse personnelle. « Il faut morceler l?objet, » déclare Metzker, « afin d?obtenir les parties à synthétiser. Si un objet est complet, il est inutile de le synthétiser ? il est entier, achevé. En journalisme, on photographie l?événement, mais dans mes récents travaux, c?est la photographie qui est l?événement. »   (?)

Et puis il y a les idées que Metzker exporte du studio dans la rue. Son travail en studio du milieu des années 1970 a débouché sur la série Pictus Interruptus (1976-1980). Pour cette série, il préparait en studio des objets qu?il intégrait dans ses prises de vue en extérieur. Il plaçait de petits objets directement devant l?objectif de l?appareil photo, obstruant partiellement la scène visée.
Reprenant la prédominance de la lumière sur les tons sombres que l?on trouvait déjà dans New Mexico, les images de Pictus mettent en scène des objets noirs et anguleux occultant des surfaces blanches, ou des formes blanches se mouvant sur fond gris clair. (...) De par cette dislocation juxtaposée, les images de Pictus sont époustouflantes d?originalité. Elles sont obsédantes, indéchiffrables. (...)

Dans sa série la plus récente, City Whispers, les gens sont isolés, fragmentés et souvent sans visage. Si ses villes ne sont guère hospitalières, les rues débordent de lumières vives et de mouvement, en un joyeux carnaval de moments forts, d?ombres et de reflets qui contrastent avec le poids de la solitude humaine, de ces êtres perdus dans un univers sombre et infini. La souffrance douce-amère qui se dégage de ces images transperce par l?élégance de son expression.

Ce travail récent reprend certains concepts et procédés visuels des séries précédentes, sans établir d?approche technique élaborée. Metzker parvient à créer avec un seul négatif des événements graphiques qu?il réalisait avant dans des compositions à plusieurs négatifs. Les ambiguïtés spatiales créées en accolant deux négatifs dans Double Frame sont à présent obtenues grâce aux ombres et aux rayons de lumière. La fragmentation obtenue en superposant des négatifs dans Composites se retrouve dans City Whispers en photographiant des formes qui se chevauchent naturellement. Comme dans tout son travail précédent, « l?événement » qu?il photographie est la lumière, mais dans City Whispers, il monte d?un cran en matière de synthèse et de superposition des scènes.